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Laïcité : Une charte pour quand ?

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Pendant 400 ans, le catholicisme (occultant souvent la présence protestante) a défriché, labouré, ensemencé la terre du Québec; entre 1840 et 1960, le clergé a même dominé ce peuple soumis à des commandements et interdictions souvent fort éloignés du message libérateur de l'Évangile. Et ce n'est pas parce que, depuis 50 ans, ce peuple s'est libéré de la tutelle cléricale que cette période de catholicité n'est plus visible et n'affecte plus la vie de la société québécoise.
En effet, cette période, souvent qualifiée de « grande noirceur», a produit églises, sanctuaires, petites et grandes croix, aux croisées de chemins et sur les montagnes; elle a encadré la vie des gens d'ici avec le dimanche chômé, les fêtes religieuses obligatoires, les sapins de Noël, et combien d'autres aspects de la vie; elle a enfin nommé nombre de villages, de villes, de rues...; elle a même donné naissance à des sacres proprement québécois. Au cours de ces mêmes décennies, l'Église a par ailleurs aidé ce peuple en dirigeant des écoles, en gérant des hôpitaux et en créant nombres d'œuvres charitables, dont plusieurs sont à l'origine d'institutions québécoises toujours importantes aujourd'hui.


Paradoxe peut-être, le Québec est rapidement devenu une terre sécularisée, laïque, même si rien n'est officiel et qu'une charte de la laïcité se fait toujours attendre. Au début des années 60, le concile Vatican II et la Révolution tranquille ont contribué à libérer les Québécois à la fois de leurs contraintes religieuses et de l'identité canadienne-française, identité dont la dimension catholique était d'ailleurs centrale. De Canadiens-français catholiques, nous sommes donc devenus Québécois, point. Et depuis lors, la société québécoise n'accepte plus que des impératifs religieux l'emportent sur les règles civiles qu'elle s'est données au cours des ans. Certaines personnes ont même souvent rejeté violemment toute valeur historique à l'apport de la religion dans notre milieu n'y rappelant que les aspects négatifs et sans en reconnaître les nombreuses réalisations.
Le Québec n'est donc pas sans histoire, il a des traits marqués; il n'est pas «terre déserte, inoccupée», qualificatifs que donnaient aux terres d'Amérique les conquistadores espagnols du début du seizième siècle. Né ici ou ailleurs, personne ne peut sérieusement nier ou même tenter de faire disparaître tout ce qui reste de catholique dans la culture d'ici, même si la signification religieuse de ce reste n'existe plus, même si le catholicisme ne dicte plus les règles communes que nous nous donnons.
Ainsi était-il «dans les patates» ce responsable, catholique de souche, qui, il y a quelques années, a empêché qu'on dresse un sapin de Noël à la Place Guy Favreau, en justifiant son geste par le respect dû au pluralisme religieux, comme s'il fallait disparaître pour pouvoir accueillir. Par ailleurs, on a eu droit à certaines fort questionnables demandes fondées sur des considérations religieuses, comme celle de givrer la vitre d'un gymnase, celle de se faire dispenser d'activités sportives à l'école et combien d'autres de ce genre, situations auxquelles ont dû réagir les responsables locaux, sans cadre de référence digne de ce nom. À l'exception de cas rares quasi-caricaturaux comme le «pieux» entêtement du maire Tremblay de Chicoutimi ou la «charte» du conseiller de la municipalité d'Hérouxville, les gens d'ici sont nettement plus accueillants à la diversité ethno-religieuse qu'on semble le croire dans certains milieux. Dans la mesure, cependant, où le caractère laïque de la société québécoise - et de l'État québécois - est respecté.
Récemment un juif hassidique est parvenu à s'extirper, avec femme et enfants, de la cage dans laquelle l'avait enfermé sa communauté complètement fermée à l'environnement extérieur. Cet homme de 35 ans, qui ne sait ni lire ni écrire, poursuit actuellement en justice le gouvernement du Québec pour ne pas avoir respecté son droit à l'éducation, le gouvernement s'étant fait, en quelque sorte, complice d'une secte qui brime les droits de ses membres et les empêche de s'épanouir humainement et de participer à la vie en société.
Les filles Shafia ont été tuées - qui ne s'en souvient pas ? - pour ne pas avoir suivi les diktats d'un père aux règles religieuses intransigeantes, dont celle de porter le voile. Si elles n'avaient pas connu le sort tragique que l'on sait, ces filles ne seraient-elles pas en droit, à leur tour, d'exiger de notre société d'être protégées contre leur famille qui ne respectait pas leur droit de vivre en filles du Québec ? L'État ne devrait-il pas légiférer pour venir en aide aux enfants, garçons et filles, victimes du déséquilibre familial entre des parents tout-puissants dans leur interprétation rigoureuse de leur religion et des garçons et des filles en quête de liberté ? L'école ne devrait-elle pas devenir le lieu où les enfants peuvent prendre une certaine distance de leur milieu familial, un lieu de rencontres libre de tout signe pouvant créer isolement et exclusion ? N'est-ce pas ce que la France a fait? Dans ce pays des droits de l'Homme, quelques protestations se sont bien fait entendre, mais moins fortes qu'annoncées... et l'intégration est favorisée. Les jeunes ne doivent plus se battre seuls et à armes inégales contre des parents dominateurs et fermés dans une interprétation trop étroite de leur religion.
Plus largement, n'y aurait-il pas lieu de repenser le délicat équilibre entre droits individuels et droits collectifs, entre tel droit et tel autre pouvant potentiellement entrer en conflit dans une situation donnée ? N'y aurait-il pas lieu de repenser les exigences du respect des droits dans les cas où la religion (et ses multiples et très diverses façons de la vivre) est en jeu ? Ces questions et plusieurs autres devraient pouvoir recevoir réponse dans une charte québécoise, une charte de la laïcité québécoise qui encadrerait toutes les questions liées à la religion ? Ne seraient plus alors laissés à eux-mêmes ces responsables locaux aux prises avec la lourde tâche de décider au cas par cas les inévitables litiges d'une société très diversifiée.
Malgré les multiples assauts et altérations subis depuis sa mise en application, la charte québécoise de la langue française a constitué un sérieux pas en avant dans l'affermissement de l'identité québécoise et dans l'intégration de toutes et de tous dans le presque pays qui est le nôtre. De même, l'État québécois se doit de définir clairement son caractère laïque tant dans sa nature que dans la prestation de ses services, chaque personne ou chaque organisation, animée par ses convictions religieuses ou humanistes profondes, pouvant faire pression pour que l'État s'acquitte toujours mieux de sa tâche première: répondre aux exigences du bien commun.
Normand Breault
catholique pratiquant
6 janvier 2015