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Valeurs affichées ou valeurs vécues

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Une Charte des valeurs ne peut être un substitut pour une absence de valeurs vécues.

Laïcité

Quand on écoute attentivement la variété des commentaires émis au sujet du projet de "Charte des valeurs québécoises" on doit se questionner pour savoir si la laïcité est une valeur vécue par au moins la moitié des Québécois et Québécoises. Un tel score serait d'ailleurs honorable car il existe, dans tout groupe religieux ou culturel, un large écart entre les valeurs proclamées et les valeurs vécues. Frédérick Nietzsche disait déjà, il y a plus d'un siècle: "Ah, si les chrétiens pouvaient avoir l'air sauvés !" Et plus près de nous Gandhi constatait: "J'aime l'Évangile mais je n'aime pas les chrétiens". Nos institutions démocratiques occidentales sont, elles aussi, assez éloignées de leur idéal !

 

Mais d'abord, qu'est-ce que la laïcité? Je définirais un état laïc comme un lieu où l'on peut être soi-même sans contraintes extérieures, pourvu que notre attitude et notre comportement n’aillent pas à l'encontre de la liberté des autres d'être eux-mêmes. La laïcité a donc une dimension de liberté, de neutralité et de respect de l'autre.

Liberté

La liberté fait partie des droits fondamentaux reconnus par la Charte canadienne des Droits et Libertés. Spécifiquement, cette Charte énumère les droits de conscience et de religion, de pensées, de croyances, d'opinion et d'expression, incluant la liberté de la presse et autres média de communication. La Charte québécoise des Droits et Libertés reprend ces mêmes définitions comme d'ailleurs la Déclaration universelle des Droits humains de 1948.

Nous n'avons pas à légiférer sur le genre de liberté dont chaque citoyen ou citoyenne veut jouir pourvu que cette liberté n'empiète pas sur la liberté des autres d'être ce qu'ils sont … et réciproquement. Par contre, un état laïc a le rôle de garantir que  la liberté de ses citoyens et citoyennes n'est pas brimée injustement.

Certaines femmes choisiront librement de porter le voile pour ce qu'on leur dit être des raisons religieuses … ou culturelles. D'autres le feront pour assurer la paix au sein de leur famille ou de leur communauté d'appartenance. C'est là leur choix. Par contre certaines considèreront le port du voile comme une atteinte à leur liberté et un état laïc devrait veiller à s'assurer qu'elles pourront se libérer du voile sans risque de représailles, familiales ou d'origine ethnique. À l'automne 2001, l'Occident s'est cru chargé de libérer les femmes afghanes de leur servitude culturelle et religieuse sans leur demander leur avis. On sait où on en est douze ans plus tard !

Neutralité

La neutralité d'une personne est une attitude intérieure qui a peu à voir avec les signes extérieurs qui expriment parfois ses croyances religieuses. Il y a quelques décennies, certains enseignants français, farouches partisans de la "laïcité", ne se privaient pas se livrer à un dénigrement insidieux des croyances religieuses de leurs élèves. Ces jeunes sont à un âge particulièrement influençable et d'autant moins méfiant que leur professeur ne porte pas de signes extérieurs de ses croyances.

Les juges américains des années soixante ne portaient pas de signes extérieurs de leurs préjugés racistes, mais il était préférable d'être un Blanc quand on comparaissait devant eux. (À la réflexion, je me demande si j'ai eu raison d'écrire cette phrase au passé !)

Respect

La laïcité véritable implique le respect de l'autre et des valeurs qu'il vit, pourvu que celles-ci ne mettent pas en danger les valeurs qu'ont les autres. Ce serait les cas si on faisait face à de la propagande haineuse ou à du prosélytisme abusif ou violent; également si certain(e)s se livraient à des comportements conjugaux ou parentaux qui ne seraient pas en accord avec nos chartes des droits et libertés.

Personnellement, ni la kippa ni le voile portés par d'autres ne m'empêchent de vivre mes valeurs et peuvent même m'en inspirer d'autres. Le sourire des gens que je côtoie m'importe plus que la façon dont ils se couvrent ou ne se couvrent pas la tête. Par contre je dois reconnaître que les crânes rasés des "Skinheads", qui n'ont rien de religieux, mais sont plus symbole d'une idéologie, me dérangent à cause de leur signification fasciste. Il en est d'ailleurs de même de certains intégristes au sein de ma propre religion qui vont à l'encontre de la liberté d'être soi-même. De fait ni les Skinheads ni les intégristes n'ont le sourire facile !

La question n'est pas uniquement interculturelle. Parmi ceux et celles des Québécois pure laine qui sont restés fidèles à leur religion d'origine, avec éventuellement une vision renouvelée, la majorité est obligée, même dans leur propre groupe d'appartenance, de ne pas faire état publiquement de leur croyance par crainte justifiée d'être tournée en dérision. Du genre: "Tu en es encore là !" Ils font face dans ce cas à une attitude qui n'est ni respectueuse, ni vraiment laïque.

Les signes d'appartenance

La quasi-totalité des discussions au sujet de la Charte des valeurs tourne autour des fameux "signes d'appartenance". Rappelons que ces signes d'appartenance ont une signification limitée dans un large éventail de valeurs. En outre, cette signification peut changer du tout au tout suivant les religions et les cultures

Remarquons d'abord que dans la discussion actuelle, la plupart des signes d'appartenance dont on parle, que ce soit la kippa, le voile ou le turban sikh, sont en rapport avec la façon de se couvrir la tête. Dans le cas des femmes musulmanes, le voile est très souvent interprété comme un signe de soumission au pouvoir masculin, même si certaines le portent pour se libérer, un peu, du désir des hommes qu'elles ressentent comme déstabilisant et salissant. Par contre, pour les Juifs et les Sikhs, le fait que les hommes aient la tête couverte serait plutôt la marque d'une supériorité, comme une couronne royale.

Même si beaucoup ne portent pas la kippa dans la vie de tous les jours, les Juifs la mettent à la synagogue. Il y a soixante ans, c'étaient les femmes catholiques qui devaient se couvrir la tête à l'église. À noter que cette coutume a disparu depuis sans que cela prenne bien longtemps et sans qu'on en parle. Alors ne s'agit-il pas d'une tempête dans un verre d'eau ? À moins que nous ayons la franchise de reconnaître que c'est la "différence" qui nous dérange et non pas la signification religieuse. Si tel est ce cas, pouvons-nous dire que la laïcité est une de nos valeurs ?

Les risques de la laïcité

Certes, avec l'immigration, il existe le risque que certains quartiers de nos villes soient colonisés par un groupe religieux ou culturel, comme les Hassids dans certaines rues d'Outremont ou les Italiens à Rosemont. Mais finalement beaucoup de villes américaines sont fières de leur "Chinatown" qui attire les touristes sans nuire aux autres citoyens.

Plus réel est le risque que certains enseignants membres d'une religion, qu'ils n'affichent pas, même si elle est connue, vivent des valeurs humaines (aide, écoute, empathie) qui attirent plus leurs élèves que l'absence de valeurs vécues de leurs propres parents. Mais, par exemple, devant la menace d'un Islam potentiellement envahissant, il convient de se rappeler que l'on ne combat pas les "valeurs" des autres avec nos manques de valeurs, fussent-elles garanties par une charte! Si je ne sais pas trop où je me situe, "l'autre" peut être déstabilisant.

En bref

Par sa franchise, ce texte va faire réagir. Espérons que ce sera de façon "laïque". J'ai cherché à exprimer simplement ma vérité d'aujourd'hui, que je ne cherche nullement à imposer. À mon avis, une Charte de la laïcité doit définir des orientations pour une recherche commune de laïcité véritable dont les règles pratiques sont à découvrir ensemble dans le respect de la liberté de chacun et chacune d'entre nous. Cela demande pour beaucoup une évolution importante des mentalités et nous savons qu'une évolution ne se fait pas en un jour. En France, après cent ans, ils ont encore du chemin à faire. En outre le rythme de changement acceptable n'est pas le même pour tous. Au fond, il s'agit d'expérimenter des valeurs avant de les proclamer.

L'autre option serait de renoncer à la laïcité avec le risque de constituer un ghetto. Ce serait dommage pour nous et pour le Québec.